Play Boys

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Quoi faire quand on a onze ou douze ans, qu’on est cousins, et qu’on nous oblige à rester à la maison après l’école ? Quand notre père est rivé à son téléviseur pour regarder les nouvelles de la guerre, qui se déroule pourtant juste en bas, dans la rue, ou bien qu’il est parti en voyage sans qu’on sache où ni quand il reviendra ? Quand nos mères s’enferment toutes les nuits dans la cuisine pour s’échanger des confidences en pleurant ? Quand on nous défend de nous attarder dehors pour écouter ce que le Cow-boy a à raconter au sujet des combats, ou pour admirer ces Range Rover qui vont et qui viennent dans le parking de l’immeuble ? Quoi faire après qu’on a regardé, depuis le balcon, la lueur des bombes danser comme un feu d’artifice sur les hauteurs de Beyrouth ?
 
Il ne nous reste plus qu’à jouer, comme des enfants. Ou, plutôt, pas tout à fait comme des enfants. Jouer à imaginer, en truffant notre récit de gros mots, les femmes qui vivent dans notre immeuble. Par exemple Zeina, la jeune du dixième, ou Lina, du sixième, qui a des cuisses énormes et dont le mari a disparu, lui aussi. Les imaginer nues, ou en train de se déshabiller, ou à leur toilette, ou inventer des histoires où elles nous supplient de venir nous coucher près d’elles pour leur prodiguer les caresses que, croyons-nous, elles désirent si ardemment.
 
Ou encore il y a cet autre jeu, qu’on joue avec Ramzi, le grand frère, et qui consiste à tracer une frontière au milieu de l’appartement, à s’inventer des pays, des drapeaux, des chants militaires. Car la guerre n’est-elle pas le plus passionnant de tous les jeux ?
 
Ce premier roman de Ghayas Hachem a la force hypnotique des tragédies. Il capte de façon saisissante l’instant précis où la guerre prend naissance au plus profond de chacun de nous, où elle apparaît, fleur vénéneuse, au milieu même de l’innocence de l’enfance.
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